De Soweto au Cap de Bonne-Espérance

Quatre semaines en Afrique du Sud, pendant l’été austral. C’est très court mais ça permet de découvrir du pays. Et quel pays! Avec mon amie Tamara, nous louons une voiture de tourisme. On prévoit de relier Johannesburg à Cape Town et de parcourir quelque 4000 km. Au final, on atteindra 4950 km sur les routes sud-africaines, sans aucun pépin, et avec des découvertes et rencontres merveilleuses.

Après un vol Edelweiss Zurich-Le Cap où je peste contre le peu de place pour les jambes (285 passagers en classe éco dans un Airbus A330… Vive les charters!), on prend un vol interne avec Mango pour Johannesburg.

Johannesburg et Soweto

Les premiers km sur les autoroutes à 6 pistes (on se croirait à LA), en conduisant à gauche et de nuit ne sont pas une sinécure. Surtout lorsqu’on se retrouve entre un bus et un camion… Heureusement que Tam m’a convaincu de prendre un GPS! Elle s’avère une excellente copilote aidée de TomTom. On est accueilli chez Ivann, un ami de mon beau-frère, qui vit depuis plusieurs années à Joburg.

Nous visitons l’Apartheid Museum, qui retrace la douloureuse histoire du pays et le combat exceptionnel de Mandela pour la liberté et la réconciliation. Les lois raciales et leur application systématique font froid dans le dos. Bien que l’apartheid est de l’histoire ancienne, il reste bien du chemin à parcourir. Les inégalités sociales sont criantes. On est marqué par le fait que toutes les « petites mains » sont noires et les managers ou responsables systématiquement blancs…

Le colocataire d’Ivann, journaliste freelance pour le New York Times notamment, nous met en contact avec Charmaine, qui habite Soweto et propose une visite guidée en vélo dans le township. La jeune femme est passionnante et conte avec brio l’histoire de son pays. On découvre le quartier où seuls des noirs vivent. Lorsqu’on lui demande si des blancs pourraient y habiter, elle nous répond: « ce serait leur pire cauchemar ». On découvre plusieurs lieux emblématiques de la lutte contre l’apartheid. Des immeubles flambant neuf restent désespérément vides. Les habitants préfèrent rester dans les anciennes cabanes des mineurs car ils devraient payer un loyer au gouvernement dans les nouvelles bâtisses. Les gamins sont tout contents de voir des touristes blancs transpirer sur leur vélo. On évite de justesse le drame lorsqu’un automobiliste irascible grille un stop et manque d’écraser notre guide! Heureusement plus de peur que de mal. Bon souper en ville avec Ivann et son colocataire.

Scorpion et lions au parc Kruger

On roule direction le nord-ouest et le parc Kruger qu’on atteint le lendemain après une halte dans un hôtel sympa, à Tzaneen. Pour nos deux premières nuits, nous dormons dans un cottage du camp Olifants sur un promontoire avec vue splendide sur la rivière homonyme. Première surprise, un scorpion squatte notre lavabo! Je ne suis pas fier mais disons qu’avec une pierre puis ma chaussure (c’est coriace ces petites bêtes!) je l’envoie au paradis des animaux… Les singes nous réservent une seconde surprise lorsqu’on revient « à la maison ». Ils ont vidé le frigo situé sur la terrasse! Heureusement, ils préfèrent les fruits et légumes (tomates, maïs, pommes) à la viande. Notre T-bone de boeuf (1 kg pour une thune…) est intact et notre premier braai (barbecue sud-africain) excellent.

Les jours suivant on parcourt le parc de long en large et observe moult animaux sauvages: éléphants, hippos, crocos, antilopes petites et grandes, girafes, rhinos, lions, singes, etc… La promenade à l’aube avec rangers et départ à 4 heures du matin est palpitante, celle de nuit en voiture intéressante.

Léopard dans le Blyde river canyon

Après l’impressionnante faune du Kruger, nous reprenons la route et découvrons la vue sensationnelle du Blyde river canyon avec les trois rondavels. Le lendemain, le temps et avec nous après un orage. Nous marchons pendant environ quatre heures sur un sentier dans la forêt. La végétation est luxuriante et nous profitons de l’ombre car le soleil tape. Le Léopard trail serpente dans le canyon. Nous sommes seuls au coeur de la nature. On entend un drôle de rugissement qui ressemble au bruit d’une scie coupant du bois. On imagine que c’était… un léopard! Nous pique-niquons au bord de la rivière avec quelques crabes pour voisins. Des magnifiques cascades se trouvent sur l’itinéraire.

Nous traversons ensuite le Swaziland, petit pays dirigé par le dernier roi d’Afrique, aux multiples femmes et enfants. Les forêts succèdent aux plantations de canne à sucre. Des préservatifs sont distribués gratuitement dans les toilettes publiques. Il faut dire que le Sida fait des ravages. Un adulte sur quatre serait séropositif…

Tortue à Sodwana Bay

A Sodwana Bay, nous voilà au bord de l’océan Indien, dans le iSimangaliso Wetland park. Ce parc est classé au patrimoine mondial de l’Unesco et protège plusieurs écosystèmes côtiers (récifs, marécages, lacs, plages, forêts…). Si le camping n’est pas terrible (on ne voit pas la mer), le bord de mer est splendide avec des dunes sur des kilomètres et la forêt tropicale. On rejoint un groupe de plongeurs et fait du snorkeling sur le récif coralien à 5 miles de la côte. Seul problème: traverser les grosses vagues qui s’abattent sur la plage avec un petit zodiac au moteur surpuissant. Tamara et moi avons un monstrueux mal de mer après cette séance de montagnes russes improvisée… Les coraux sont pas mal et il y a de nombreux poissons multicolores. On observe une tortue, une raie et une belle étoile de mer mais aucun requin lors de notre baignade.

Sur la route

Après les tropiques, nous descendons à travers le Kwazulu-Natal et le Cap oriental jusqu’aux plaines arides du Karoo. Les paysages sont très variés avec des plantations d’eucalyptus, des forêts de conifères et des cols (on se croirait en Suisse), puis des champs à perte de vue avec des vaches et des moutons. Le dimanche, les femmes attendent le bus au bord de la route et portent de magnifiques robes aux couleurs vives et même parfois des chapeaux. Les écoliers sur le chemin de l’école sont en uniformes et trimbalent d’énormes cartables. On passe une nuit à Kokstad où s’abat un violent orage.

La Vallée de la désolation et Nieu Bethesda

Au Karoo, on se pose à Graaff-Reinet, belle ville fleurie au coeur du désert. On marche dans la vallée de la Désolation, au sommet d’un piton rocheux où les lézards se dorent au soleil. La vue est sublime sur l’étendue désertique. On prend ensuite une piste pour le village de Nieu Bethesda, véritable oasis d’artistes. Il y a notamment la Owl House, drôle de maison créée par une femme folle avec du verre et des statues surprenantes un peu partout. Nous dégustons un plateau de fromages et salami de koudou succulent chez le fromager-brasseur du coin avant de piquer une tête dans la piscine d’un bed and breakfast charmant, tenu par sa soeur!

Nouvel iPhone à Mossel Bay

Après le désert, on passe quelques cols et nous revoilà au bord de la mer! Mossel Bay n’est pas la plus jolie des villes, mais les poissons et fruits de mer sont bons (un peu trop frit) et la vue est pas mal aussi. Nous faisons une petite excursion en bateau à Seal island pour observer la colonie de phoques. Qu’est ce que ça pue ces bestioles! Un peu l’odeur du chien mouillé. On renonce à la cage diving avec le grand requin blanc. Le concept ne nous convainc pas. Je profite d’un magasin d’électronique pour faire réparer mon iPhone dont j’avais cassé la vitre au Vermont dans l’écurie de Fritz. Grâce à un ancien iPhone donné par Tania, j’en ai un neuf pour moins de 20 francs. Le Pakistanais Ali Baba (véridique!) a fait des miracles.

Le long de la côte à Hermanus

Nous ne sommes malheureusement pas dans la bonne saison, mais malgré l’absence des baleines, Hermanus reste une destination très plaisante. La marche le long de l’océan, entre criques et belles plages, est splendide. La végétation de fynbos surprenante. On se fait rincer par l’orage sur le chemin du retour et une gentille dame nous prend en stop et nous ramène dans notre backpackers détrempés. Après Hermanus, on poursuit plus à l’ouest direction le Cap Aghulas, pointe la plus au sud de l’Afrique et zone où les océans Indien et Atlantique se rencontrent. Juste avant on admire l’eau turquoise et les maisons de chaux blanches dans le village de pêcheurs d’Arniston.

La péninsule du Cap

Après les manchots de Betty’s Bay, on va voir ceux de Boulders, au sud du Cap. Il y en a plus mais le coin est architouristique. Il faut dire qu’on peut se baigner avec les manchots. Les touristes sont également nombreux à Cape Point, où se trouve le phare du Cap de Bonne-Espérance. La marche jusqu’à la pointe sud-ouest est splendide et il y a nettement moins de monde qu’au pied du phare. A Kalk Bay, on déguste des fruits de mer et sushis succulents dans un resto chic avec vue sur la mer.

De Bo-Kaap à Table mountain

Notre hôtel se trouvant au centre-ville, on abandonne la voiture deux jours dans un parking. Si la ville est très belle et le site exceptionnel, entre la mer et Table mountain, une certaine insécurité nous rappelle la dure réalité: l’écart entre riches et pauvres est immense au Cap. Certains quartiers chics sont de véritables forteresses et à quelques kilomètres de là le bidonville de Khayelitsha et ses cabanes en tôle est le plus grand du pays avec plus d’1,5 million d’habitants…

On découvre les magnifiques maisons aux couleurs vives de Bo-Kaap, quartier musulman sur les hauts de la ville. La vue est splendide depuis la Table mountain, à plus de 1000 mètres d’altitude. On monte en télécabine Garaventa et redescend à pied par une gorge escarpée (2 heures d’escaliers dans la roche et 800 mètres de descente environ).

Le château de Bonne-Espérance est impressionnant et la visite guidée intéressante, tout comme le Waterfront, véritable ville dans la ville avec ses nombreux restaurants et boutiques de luxe. Nous visitons également la Slave Lodge, ancien quartier des esclaves, datant du XVIIe siècle. Le jardin botanique de Kirstenbosch, avec ses magnifiques plantes et son cadre enchanteur, offre une parenthèse verte bienvenue.

Robben island

Nous réservons sur internet un tour guidé sur Robben island, fameuse île au large du Cap qui a longtemps été utilisée comme prison par le régime de l’Apartheid et où Nelson Mandela a passé de nombreuses années en détention. Si nous ne sommes pas fans des tours guidés avec un groupe de 50 personnes, la visite s’avère très instructive, surtout la partie menée par un ancien détenu qui relate les conditions de vie au sein de la prison. On apprend ainsi que les lois raciales et racistes allaient même jusqu’à définir un régime alimentaire différent pour les détenus bantus (noirs) et colored (métis). Les premiers recevant moins de calories par repas que les seconds… Et quand on voit que les cages des chiens de garde sont aussi grandes que celles des détenus, on imagine bien les conditions de détention dans l’Alcatraz sud-africains… L’homme est un loup pour l’homme.

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